En cet été 1848, c’est l’effervescence, dans le quartier de la Madeleine où le jour de l’inauguration du premier Marché couvert de la Ville de Bruxelles approche à grands pas. Construit sur les plans de l’architecte Jean-Pierre Cluysenaar, à qui l’on doit les Galeries Royales Saint-Hubert inaugurées un an plus tôt, le futur marché entouré d’une galerie attise la curiosité et stimule les imaginations dans cette jeune Belgique, soucieuse de se doter d’infrastructures modernes et de bâtiments de prestige.
C’est ainsi que l’ambitieux Alphonse Balat, qui deviendra plus tard l’un des principaux architectes de Léopold II, mobilise pour l’occasion le Cercle artistique et littéraire, ancêtre du Cercle Gaulois, autour de l’idée d’une fête éblouissante où les artistes du pays exposeraient des oeuvres rendant hommage à leurs illustres prédécesseurs. Une magnificence bien dans l’air du temps !

C’est en présence du couple royal, dans un décor luxuriant de draperies mauresques, de fontaines factices et de panneaux amovibles, que le Marché de la Madeleine est inauguré le 26 septembre 1848. Les chroniqueurs de l’époque rivalisent de qualificatifs, saluant l’architecte Jean-Pierre Cluysenaar et son confrère Alphonse Balat, surnommé « l’Enchanteur Merlin » pour avoir, le temps d’une soirée, transformé le marché et les passages qui y mènent en une véritable Salle de bal digne des Mille et une Nuits !
Quelques jours plus tard, l’Indépendance belge répare un oubli !
Dans son édition du 30 septembre 1848, le quotidien s’excuse : ce n’est pas à Alphonse Balat que l’on doit l’ornementation du passage menant de la rue de la Madeleine à l’entrée du marché mais à un architecte nommé F. Pauwels ! Faut-il comprendre par là qu’à l’instar de Balat, F. Pauwels se serait uniquement chargé du décorum, le temps de l’inauguration ? Ou qu’il est le véritable architecte de la partie rectiligne de la Galerie Bortier, dont on a toujours cru, affirmé, écrit dans tous les ouvrages de référence qu’elle était de Cluysenaar ? Ce journal, croyant de bonne foi rectifier une erreur, ne s’est-il pas lui-même trompé ?
Pour en avoir le coeur net, nous avons repris le chemin des centres d’archives, épluché les plans et descriptions des travaux, consulté les journaux de l’époque, à la recherche d’autres indices.
Enquête sur un incroyable malentendu de plus de 150 ans !
La genèse de la galerie remonte à janvier 1847, lorsque Pierre Bortier, propriétaire de la quasi-totalité des terrains de l’îlot, propose à la Ville de les lui racheter pour y construire un marché couvert, se réservant la propriété du passage d’entrée par la rue de la Madeleine, anciennes messageries et future Galerie Bortier. Tandis que les élus en sont encore à débattre des plans du marché, Pierre Bortier, lui, entame les travaux sur ce qui lui reste de terrain, en vue d’aménager cette entrée en passage public. Un article du 3 juin 1847 y fait allusion, confirmant que la galerie et le marché n’ont pas été construits en même temps.
Près d’un an plus tard, au mois de mai 1848, le quotidien l’Indépendance belge annonce que la restauration de la façade de l’hôtel des Messageries est terminée, tandis que les travaux de construction d’une communication entre la rue de la Madeleine et le futur marché vont bon train. C’est la première fois qu’apparaît le nom de M. Pauwels, qu’on retrouvera au lendemain de l’inauguration, en tant qu’architecte chargé par M. Bortier de la direction des travaux du passage. L’hypothèse de deux architectes se renforce !
En juillet 1848, trois mois avant l’inauguration du Marché de la Madeleine, on apprend que « le petit passage que M. Bortier a fait construire » est pratiquement terminé. Il est garni de boutiques « richement décorées : leur devanture est en marbre avec ornements en fonte incrustés ».
Cette fois, le doute n’est plus permis, ce qui est décrit là, ce sont bien les éléments de décoration que nous connaissons de la partie rectiligne de la Galerie Bortier, la seule qui soit parvenue jusqu’à nous, presque intacte, bien différente du style, élégant mais sobre et fonctionnel, de l’intérieur du marché, signé Cluysenaar.
La confirmation dans les archives
Aux Archives de la Ville de Bruxelles, si les dossiers liés à la construction du Marché de la Madeleine sont volumineux (plusieurs boîtes), on est frappé par le peu de plans (numérisés ou sur papier) qu’ils contiennent. On ne trouve en effet que trois plans de coupe des façades, mais aucun de la Galerie Bortier, et des plans généraux des surfaces, dont celui du premier étage où sont représentés les tracés des échoppes du marché. Le passage arrondi qui le longe et celui le reliant à la rue de la Madeleine y figurent. Mais comme moisson, c’est plutôt maigre !
C’est une note du 27 mars 1848 qui nous apporte des éléments éclairants. Cluysenaar y demande à la Ville un crédit supplémentaire pour construire le « toit vitré du passage circulaire » pour une somme de 2382,78 francs, ainsi que pour le « toit vitré de jonction », pour le montant bien inférieur de 376, 48 francs. La jonction dont parle Cluysenaar, c’est la zone qui relie le passage circulaire à la partie rectiligne de la galerie, jusqu’au pied des escaliers qui marque la limite avec la propriété de Pierre Bortier.

Pour ce qui est de la galerie, la contribution de Cluysenaar s’arrête donc bel et bien à cet escalier et il est temps, maintenant, de mener l’enquête sur le véritable architecte de la Galerie Bortier ! On sait, grâce à l’article paru au lendemain de l’inauguration du marché, que F. Pauwels est aussi l’auteur du Cirque construit quelque mois plus tôt : un détail qui permettra de retrouver son prénom et de l’identifier formellement!
Félix Pauwels, le fils d’ouvrier devenu architecte
C’est donc à Félix Pauwels l’on doit la galerie Bortier. Un nom qui ne vous dira sans doute pas grand chose, car il n’a pas la renommée d’un Cluysenaar ou d’un Poelaert, les « strararchitectes » de l’époque. Félix Pauwels, on le verra tout au long de sa vie, n’est pas homme à rechercher les honneurs, soucieux avant tout du travail bien fait! Très lié au destin de son aîné et mentor, François Pauwels, la route des deux frères va croiser celle de Pierre Bortier, sur les traces d’un patrimoine industriel naissant et de travaux d’embellissement de l’espace public, alors en plein essor en ce milieu du XIXe siècle !
Né en 1820, rue Notre-Dame aux Neiges, dans un quartier encore presque exclusivement réservé à des habitations ouvrières, Félix Pauwels est le fils d’un couple originaire du Brabant wallon venu s’installer à Bruxelles pour y chercher du travail.
Le grand frère François, l’ingénieux ingénieur
Dans les années 1830, François Pauwels, apprenti menuisier de quelques années plus âgé que son frère Félix, fonde très jeune son propre atelier de menuiserie et de charronnage à Molenbeek, non loin de l’actuelle Fonderie. Particulièrement ingénieux, voici comment le journal l’Indépendance belge raconte ses débuts, dans un article paru des années plus tard, alors qu’il est au faîte de sa carrière.
« Il travaillait à l’établi d’un maître, et quand ses camarades, appréciant son courage, lui disaient qu’il irait loin, ils voulaient sans doute dire qu’il serait le patron de quelques apprentis, et qu’après toute une vie d’honneur, il cacherait dans une honnête aisance ses vieilles années. Cet homme eut un jour l’idée de faire des boîtes d’allumettes. Il inventa un mécanisme à l’aide duquel un morceau de bois, engagé dans un engrenage, en sortait à l’état de boîte. Ce jour-là son patron dut se moquer de lui et lui dire qu’il irait moins loin. Mais il n’écouta point : il partit pour l’Angleterre, il y vendit 40.000 francs l’invention dont on s’était moqué. »
L’Indépendance belge, 1er janvier 1956
C’est ainsi que François Pauwels s’installe à son compte, avec succès puisque peu après l’apparition du chemin de fer en 1835, il agrandit son établissement pour y adjoindre la fabrication de matériel de voies ferrées, faisant appel à des contre-maîtres anglais pour diriger des techniques encore inconnues dans notre pays. Délaissant progressivement la menuiserie, il se consacre exclusivement à la fabrication de matériel pour chemins de fer.
Un de ses associés, Félix Du Bois, qui s’était formé à Paris, au sein d’une Association des Arts, appelée aussi Association Philotechnique, lui apporte le bagage qu’il y a acquis, lié à la construction des wagons de voyageurs. Proche collaborateur de Philippe Vandermaelen, éminent cartographe de l’époque qui participe à l’émulation intellectuelle de la commune de Molenbeek, il convainc François Pauwels de l’urgence de créer une école ouvrière, afin de préparer des ouvriers nationaux à remplacer progressivement les contre-maîtres anglais. Le succès rencontré par son industrie lui fournit l’occasion de tenter l’expérience. François Pauwels se rend à leur avis et fait construire, dans l’enceinte de son atelier, un local d’école renfermant des salles d’étude et de conférences, où tous ses ouvriers sont admis gratuitement en dehors des heures de travail, ainsi qu’une bibliothèque d’ouvrages d’un caractère pratique qu’ils sont autorisés à consulter.
Félix Pauwels, l’élève doué en dessin
C’est dans ce contexte que le cadet des deux frères se forme au métier d’architecte, pour lequel il présente rapidement de prometteuses aptitudes. Alors qu’il est âgé de 25 ans, un promoteur privé lui confie la construction d’un Cirque qui sera inauguré, un an plus tard, en septembre 1846. La presse est élogieuse mais ne cite pas son nom. Félix Pauwels ne paraît pas s’en formaliser et songe sans doute déjà à de nouveaux projets.
La salle du Cirque offrait hier un coup d’oeil superbe. Sa disposition est très favorable à l’éffet des grandes réunions. Ses vastes amphithéâtres et ses galeries spacieuses mettent en évidence un grand nombre de spectateurs qui, dans d’autres salles, sont en partie cachés par les clôtures des loges. L’affluence était telle, que les moindres place ont été vivement disputées et que beaucoup de retardataires ont dû se retirer désappointés. »
L’Indépendance belge du 26 septembre 1846



Cet établissement, dont on ne possède de l’intérieur qu’une représentation probablement stylisée, était situé rue du Cirque, qui existe toujours, et dont l’entrée était plutôt discrète. Pour la petite histoire, suite aux travaux de voûtement de la Senne, les nouveaux boulevards rectilignes se garnissent, peu à peu, de nouveaux immeubles, des concours de façades sont lancés et en 1874, une nouvelle entrée, donnant sur le boulevard, est attribuée au Cirque, rebaptisé le Théâtre de l’Alhambra. La façade, dans le style éclectique de l’époque, est l’oeuvre de… Jean-Pierre Cluysenaar! Spectaculaire et bien située, la nouvelle façade efface définitivement le nom de Félix Pauwels des tablettes : pour la postérité, l’Alhambra1, intérieur compris, est l’oeuvre de Cluysenaar. Quelle ironie, décidément !
Mais revenons en 1846, où Pierre Bortier est bien embarrassé, car confrontées à la concurrence du chemin de fer en pleine expansion, les Messageries royales quittent la rue de la Madeleine pour se replier plus modestement sur leurs installations de la rue des Éperonniers. Bortier cherche alors une nouvelle affectation pour sa propriété. Après avoir envisagé de la transformer en Marché aux Fleurs, il est contacté par Monsieur Gallois, directeur du Cirque des Champs Elysées à Paris, qui souhaite y installer un cirque en bois. C’est peut-être suite à cette proposition que Pierre Bortier rencontre Félix Pauwels, puisqu’il vient d’en construire un. On imagine Pierre Bortier se rendant aux ateliers Pauwels et découvrant, ébahi, cette école ouvrière mise sur pied par le frère aîné du jeune architecte, avec ses bilbiothèques, ses salles d’études et de conférences. Nul doute que le bouillonnement d’activités et l’émulation qui règnent dans ce quartier le séduisent, lui « le rentier utopiste » qui, dans son Westhoek natal, a contribué, à la même époque, à la réalisation de maisons pour ouvriers agricoles et fondé des jardins pour ceux d’entre eux qui prennent leur retraite. Il est probable que, d’emblée, le courant passe bien entre eux.
Une démonstration de savoir-faire, forgée au coeur de Molenbeek
Mais pour l’heure, l’idée d’un nouveau cirque prend l’eau : « Le projet souleva un tollé de protestations, à cause des risques d’incendie, mais surtout l’ire de M. Gautiez, qui venait à peine d’installer son propre établissement rue du Cirque2. » Exit donc ce projet, mais dans le quartier de la Madeleine, le tracé des rues ayant été redessiné, Pierre Bortier rebondit sur une autre idée : un projet de marché couvert, à faire construire par la Ville, tandis qu’il confie à Félix Pauwels la construction d’un passage public pour mener au futur marché.



Pour le jeune Félix Pauwels, c’est l’occasion de mettre en valeur, outre ses talents d’architecte, tout le savoir-faire des ouvriers de l’atelier de son frère, ainsi que l’excellence des matériaux, marbre et fonte, qu’ils utilisent. A la croisée des techniques propres au patrimoine industriel et à l’embellissement de l’espace public, l’aménagement de la galerie est élégant, conçu pour y flâner à l’abri de l’agitation des rues voisines, rehaussé d’éléments décoratifs travaillés avec le souci du détail et faits pour durer. Félix Pauwels s’acquitte si bien de sa tâche que des générations d’historiens, persuadés de bonne foi que la galerie est de Cluysenaar, croiront déceler dans ces « motifs serrés de rinceaux, de vases, d’oiseaux fabuleux symétriquement opposés selon les principes des grotesques« , une nervosité « qui annonce l’évolution ultérieure de l’architecte« 3 . On sait maintenant qu’en réalité, la galerie est l’oeuvre d’un tout jeune homme débordant d’enthousiasme, secondé par des ouvriers-artisans de talent.
De Cluysenaar, il ne reste rien dans la Galerie Bortier


(Collection privée, Ph. Durfrenne)

La qualité de l’ensemble est telle que, lorsque les frères Mignot sont chargés, en 1975, de reconstruire le bras arrondi de la galerie laissé à l’abandon depuis près de vingt ans, ils s’inspireront des éléments signés Félix Pauwels pour rythmer boiseries et colonnes, d’après moulage de ses orginaux. Ils s’inspireront également de sa verrière double dont ils reproduiront le principe, là où Cluysenaar avait opté pour une verrière à un seul versant. Quant à la verrière d’origine, dans le bras rectiligne de la galerie, atteinte par la limite d’âge, les frères Mignot la recréeront en matériaux modernes et plus légers. Aujourd’hui, plus aucun élément intérieur de Cluysenaar ne subsite dans la galerie, tous ont été emportés par la « transformation » de la Madeleine en Salle des Fêtes, en 1958. En revanche, si la paternité de Félix Pauwels nous était inconnue jusqu’ici, ses réalisations se sont parfaitement conservées jusqu’à nous.
Une Cité ouvrière modèle
La galerie et le Marché de la Madeleine inaugurés, la collaboration entre Bortier et les frères Pauwels aurait pu en rester là. Or quelques années plus tard, en 1851, le quotidien l’Indépendance belge, publie un article sur la Cité ouvrière de M. François Pauwels, bâtisse dessinée par son inséparable frère Félix. On y lit que « dans un des coins les plus reculés de Bruxelles, au faubourg de Ninove (sic), à quelques pas au-delà des vastes ateliers de M. Pauwels, s’élève depuis environ six mois, la plus coquette habitation que puisse imaginer le crayon de l’artiste » !



Tous les ouvriers, quelque soit l’établissement où ils travaillent, qu’ils vennent de la ville ou des faubourgs, sont admis aux mêmes conditions dans la maison qui peut héberger quarante célibataires. « Pour un loyer de 1,25 franc par semaine, chaque ouvrier a droit au logement, au chauffage de la cuisine commune où il peut prendre ses repas, à l’éclairage, à de l’eau chaude tout le jour, à l’usage du bain, de la buanderie et du jardin, à l’instruction, avec des leçons portant sur la lecture, l’écriture (en français et en néerlandais), l’arithmétique, le dessin linéaire, des éléments d’histoire et de géographie, à l’usage de la bibliothèque et aux outils de son état, sans rétribution. »
Autant dire, vu les conditions de vie et de travail de la plupart des ouvriers de l’époque, que la Cité ouvrière Pauwels, c’est le grand luxe, et que « de tous ceux qui y sont entrés, pas un n’en voudrait sortir » !
« Je tiens infiniment à rectifier une inexactitude »
Au lendemain de cet article élogieux, François Pauwels écrit au rédacteur du journal pour rectifier une erreur. Car ce n’est pas lui… mais bien Pierre Bortier qui est le propriétaire de cette Cité ouvrière, et plus encore, c’est à lui, insiste-t-il, qu’on en doit l’idée et sa réalisation !
Tout comme en 1848, où le nom de Félix Pauwels avait été oublié en tant qu’auteur de la Galerie Bortier, l’histoire se répète et c’est par un entrefilet qu’on apprend le rôle d’initiateur de Pierre Bortier dans la réalisation de cette Cité ouvrière. Les frères Pauwels et Pierre Bortier n’ont pas fait que se croiser, le temps d’un chantier et, de toute évidence, ils s’appréciaient et partageaient les idées philanthropiques de l’époque, proches de l’esprit des phalanstères de Fourier. Peut-être ont-ils encore collaboré, par la suite, à Bruxelles ou ailleurs, sur des projets dont nous découvrirons un jour les traces.
Vers 1850, tout en continuant ses fonctions dans l’atelier de construction de son frère, à Molenbeek, Félix Pauwels ouvre un bureau d’architecte et dessine de nombreuses maisons et hôtels de maîtres, dont beaucoup, situés dans le quartier devenu européen, ont depuis disparu. Ainsi, par exemple, sa propre maison, située au n° 47 de la rue de Trèves, occupé aujourd’hui par un immeuble de six étages.
En 1854, Félix Pauwels devient le premier Président de la Compagnie des Bronzes, (1854-1979) spécialisée dans le travail des métaux non ferreux. C’est à cette prestigieuse Compagnie que Bruxelles devra tout ce que son territoire compte d’aménagement de l’espace public, l’éclairage des rues, notamment, ainsi que ses statues, qu’elles soient monumentales, comme celle du Roi Albert, ou plus petites, comme la série des Métiers qui borde le Petit Sablon. La Compagnie des Bronzes produira également des objets d’art ou des lustres qui meublent des intérieurs bourgeois aussi bien que des bâtiments publics.
Vers le milieu des années 1860, la société s’installe rue Ransfort, à Molenbeek, à deux pas des ateliers Pauwels, dans ce qui est aujourd’hui la Fonderie, Musée bruxellois des Industries et du Travail.
Rendre à Félix Pauwels ce qui n’a jamais été à Cluysenaar
Félix Pauwels n’était pas un architecte qui recherchait les honneurs et c’est probablement la raison pour laquelle son nom a été malencontreusement effacé de l’histoire de la galerie Bortier. Sa production est pourtant conséquente, notamment en matière d’architecture militaire (il est l’un des architectes des casernes d’Etterbeek), mais aussi par ses contributions importantes à des publications consacrées à son art. Il est en effet l’un des fondateurs de la Société centrale d’architecture de Belgique qui encourageait la reconnaissance du métier d’architecte. Il fut enfin un collaborateur régulier de la revue l’Emulation, qui se voulait le témoin direct de l’évolution architecturale du pays. Sa vie, son parcours et le contexte dans lequel s’est développée sa carrière, dans ce quartier de Molenbeek en plein bouillonnement, tout cela mérite sans conteste un article à part entière et nous y reviendrons.
Epilogue
Vers la fin des années 1860, à mesure que le réseaux ferroviaire se construit, les besoins en matériel pour chemins de fer s’amenuisent et les commandes se font plus rares. L’aîné des frères Pauwels finit par liquider sa société et se retire à Paris jusqu’à son décès, en 1884. De son côté Félix Pauwels reprend modestement son cabinet d’architecte mais sera régulièrement consulté sur la réalisation de grands travaux. Il décèdera en octobre 1877.
Lorsque Pierre Bortier publie, quelques mois plus tard, une brochure intitulée Un danger social de la dépopulation des campagnes, où il évoque le quartier de Notre-Dame aux Neiges, alors en proie à de profondes transformations, il s’est peut-être souvenu, en rédigeant ces lignes, du jeune architecte de talent qui y était né et dont il avait, un jour, croisé la route.










